Des mouvements d'humeur qui troublent le pouvoir
J.-J. M. Réputés pour leur souplesse et leur placidité, les Chinois deviendraient-ils irascibles ? Depuis quelques années, les chiffres de la santé publique traduisent l'irrésistible montée du stress urbain, des maladies vasculaires et des accidents cardiaques. Moins touchées jusqu'ici, les campagnes témoignent d'un malaise plus collectif : la multiplication récente des mouvements d'humeur qui dégénèrent en batailles rangées et des manifestations de mécontentement qui tournent à l'émeute. La direction chinoise a visiblement été surprise, le mois dernier dans le Henan, par un accident de la route qui s'est transformé en règlement de comptes sanglant entre la majorité Han et la minorité musulmane des Huis. Officiellement, les affrontements de villageois près de Lanzhou ont fait 7 morts et 42 blessés. Le New York Times, citant des sources locales, a avancé le chiffre de 148 tués dont 18 policiers, avant d'être démenti. La loi martiale a été décrétée dans le district. Quelques jours plus tard, les unités paramilitaires de la police armée populaire devaient imposer le couvre-feu sur les campus d'une université de Mongolie-Intérieure, sérieusement agités par l'annulation d'un concert de rock, selon une organisation humanitaire basée à New York. A Chongqing, ancien bastion de Tchang Kaï-chek dans le Sichuan, une altercation entre voisins a tourné à l'émeute avec 40 000 manifestants d'après les témoins, l'incendie de voitures de police et le pillage de bâtiments administratifs. La liste paraît s'allonger chaque jour, sans que l'on sache si elle traduit une plus grande transparence des autorités, ou une montée réelle du mécontentement des Chinois. A Bengbu, dans l'Anhui, 10 000 retraités ont bloqué la circulation pendant tout un week-end afin de protester contre l'insuffisance de leur pension, avant de se replier pour une fois dans le calme. L'incident le plus déconcertant s'est produit la semaine dernière dans le Guangdong, près de Canton, après une querelle d'argent à un poste de péage autoroutier. Au bout de l'émeute, des milliers de protestataires ont incendié les guérites, puis accueilli la police et les pompiers à coups de pavés. Dans les affrontements, un manifestant au moins a été tué et 7 pompiers blessés, selon le China Morning Post de Hongkong. Il a fallu plus de 1 000 policiers pour restaurer l'ordre. La Sécurité d'Etat a appelé les meneurs à se livrer.
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